Overblog Tous les blogs Top blogs Marketing & Réseaux Sociaux Tous les blogs Marketing & Réseaux Sociaux
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire

Publicité

Oceano nox



Bernie-Ebbers-copie-2.jpgNouveau millénaire, nouvelle ère         - Changement d’ère -
──────────────────────────
(...) Certes, le monde social, si peu stationnaire, mal arrangeant, rend l’inférence statistique aventureuse ; les temps changent, les méthodes changent : n’est-ce pas commettre un péché d’anachronisme que de comparer les pratiques anciennes avec la modernité ? Ah, la nouvelle ère ! Elle exténue l’expérience du passé; elle renverse les principes les plus établis jusqu’à en périmer les gouvernes d’évaluation. Rien ne s’apprécie plus selon les canons qui valaient hier encore, l’euphorie s'en mêle, puis anesthésie le tout : dans le domaine financier, les nouveaux auspices ne semblent tenir qu'à la connivence des intérêts solidarisés dans la bulle. Cette habitude au moins semble inébranlable (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 13/08/2012 -

. Celle de l’économie vint à l’aube du troisième, après que le Marché eut survécu à la dévastation monétaire des économies asiatiques, à la liquidation financière de la Fédération de Russie et à la déconfiture retentissante de LTCM, le hedge fund le plus fameux de l'écliptique. Les indices boursiers, un rien dédaigneux, qui avaient assez ignoré les déboires du bath thaïlandais, du ringgit malais, de la roupie indonésienne ou du peso philippin, finirent par céder : le CAC 40 perdit un bon tiers de sa valeur entre juin et octobre 1998 1. L’attention se reporta alors sur une innovation technologique qui, disait-on, relèguerait au second plan la vieille industrie, ses hauts-fourneaux, ses laminoirs, la sueur des hommes. La Nouvelle Economie tisserait sa toile sur des réseaux planétaires, des autoroutes de lumière sur lesquelles l’information, ce nouveau graal, circulerait en trombe, et de là, tout procèderait : Internet à tous les étages, comme jadis, l’eau et le gaz. Les Bourses ne se le firent pas dire deux fois, et s'enflammèrent : « Le CAC vaudra 7300 points fin 2000 2 ». Et c’était à qui protestait qu’on l’insultait dès qu’on posait le problème autrement.

Les terres numériques retentirent d'un battage médiatique inouï, porté par les voix les plus ferrées de la planète finance. En février 1999, Wayne Angell, ancien gouverneur de la Fed, décréta fortissimo : « Il n’y a pas de bulle : nous sommes tout simplement parvenus à l’économie de la nouvelle ère 3 ». En avril 2000, Abby Cohen, analyste en vue chez Goldman Sachs, se déclara « enthousiaste devant l’évolution de la bourse américaine ». Les patrons hexagonaux ne furent pas en reste : en mars 2002, Jean-Marie Messier, toiletteur terminator de la séculaire Générale des Eaux, en pleine débâcle, pontifia : « Le groupe [Vivendi Universal] va mieux que bien ! 4 ». Et Serge Tchuruk, mentor d’Alcatel, fut nommé Manager de l’année 2000 parce qu’il avait « su transformer une vieille dame centenaire de l’industrie en un groupe emblématique de la Nouvelle économie 5 ». Point de demi-mesure comme on le voit ! Un épargnant profane, sain de corps et d'esprit, ne pouvait qu'il ignorât longtemps ces maîtres de chœur tant époumoner leurs alléluias ! Ni douter qu’un pareil consensus pût se fourvoyer ! En sorte qu’entre 1999 et 2002, deux millions de français frappés de béatitude rallièrent la Bourse, sur la foi de conseillers financiers leur ayant assuré la suprématie de l’investissement boursier à moyen/long terme sur tous les excellents placements  - La transparence, et après ? -
──────────────────────────
(...) En 1999, l’e-Economie se mit à tonner, prometteuse de lendemains qui chantent, sans usines et nez au vent. Les rabatteurs financiers, qui ne traitent jamais par l’indifférence les folles embardées des places boursières, rivalisèrent de slogans ravageurs pour rameuter le ban. La Poste, généralement peu suspecte d’inclination spéculative, se mit au diapason, claironnant un « Donnez un nouveau souffle à votre épargne », ou bien « Restez gagnant même si le CAC baisse ». Bénéfic, l’un de ses produits à promesse, fit florès. Hélas, la garantie en capital de ce fonds confusément délimitée, partit avec l’eau du bain quand le CAC chancela, vaporisant plus du tiers des économies de ses preneurs (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 07/12/2008 -

qu’ils leur proposaient l’année passée encore.

La suite est notoire : l’euphorie catalysa l’indice tricolore, à l’instar de tous les autres. L’heure n’était pas aux sceptiques, et la spéculation haussa mieux la cote que toute autre vue. Le CAC progressa continûment entre l’automne 1998 et l’automne 2000 où il culmina à 6.944 points, gagnant près de 140% en deux ans ! Puis la bulle éclata ; en mai 2003, l'indice parisien touchait le fond, à 2.401 points. Depuis lors, on n’a plus reproduit ces niveaux records, et nul ne peut sérieusement prédire s'ils seront revus un jour. Les actionnaires d'Alcatel ne s’en remettront apparemment jamais, qui peuvent encore échanger le titre vers cinq euros cependant qu’il s’illustrait à 95 euros en septembre 2000 ! Par pudeur, on ne s’étendra pas sur les investisseurs américains de Worldcom, Global Crossing, Adelphia            - Bancanalystes -
──────────────────────────
(…) Jack Grubman était du clan des analystes financiers les plus en vue de l'e-Economie. Stratège télécoms dans une filiale du banquosaure Citigroup, pour qui l’on détricota le Glass-Steagall Act, il se signala par ses conseils sur WorldCom : le 6 janvier 2000, tandis que la valeur cotait 47,87 dollars, il recommanda d'acheter le titre, et refit le même appel à la cantonade quatorze fois durant les mois suivants malgré la chute du titre, et encore le 11 avril 2002 alors que la valeur ne cotait plus que 4,64 dollars. Quinze jours après, le cours hoqueta sous les 4 dollars, et l'intéressé dut capituler non sans s'être déclaré neutre sur sa chère pépite ! WorldCom tira sa révérence le 21 juillet 2002 (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 23/02/2007 -

, ces étoiles déconfites à jamais, souvent brutalement, parfois même sous les recommandations d’achat jusqu’au-boutistes de banques d’affaires comparses. La Nouvelle Economie fossoya beaucoup, et ceux qui survécurent ne sont pas près de récupérer l'argent qu'ils y investirent. Ceux-là, à qui l’on conseilla le « buy and hold » comme règle de gestion, le « wait and see » comme assurance tous risques, se repentiront de n’avoir pas quitté les affaires quand il n’y en avait plus. Et seront surpris d’entendre que les mêmes antiennes roulent toujours : le placement boursier moyen/long terme est le meilleur qui soit.

Le temps est-il le meilleur ami de l'investisseur ?
« Achetez de bons titres, mettez-les en portefeuille et oubliez-les » : telle était l’hygiène actionnariale de Timothy Bancroft, un investisseur américain qui s'enrichit en Bourse au milieu du XIXe siècle en thésaurisant des actions « représentant le négoce de marchandises essentielles dont l’Union et le reste du monde auront toujours besoin en grande quantité 6 ». Bancroft recommandait déjà le long terme et la sélectivité, autant de pieux cantiques qui font encore florès dans toutes les chapelles de la finance. Hélas, son portefeuille ne résista pas à l’usure du temps, qui fondit comme la cire molle au soleil. Et lorsqu’il fallut réaliser les actifs, à la mort du maître, ses héritiers ne touchèrent rien des richesses qu’il avait accumulées. Un demi-siècle passa, parsemé d'une dizaine de crises financières 7 ; voici 1929, la catastrophe d'octobre : Wall Street se mit alors à « kracher », et l'Amérique à déprimer durablement, ruinant l’activisme des uns et le bas de laine de tous les autres. Abasourdis, les cours ne retrouveront leur niveau de cet automne-là    - Les Maîtres enchanteurs -
──────────────────────────
(…) Quiconque acheta le Dow Jones ce 3 septembre 1929, fut mal inspiré. L’indice, qui avait congédié le réel de longue date, culmina en séance à 386,10 points, propulsé par la forte fascination qu’exerçait la grande opinion financière sur le commun : économistes et experts de tout poil avalisaient le boom, analystes et banquiers rameutaient les troupes, et nul ne s'imaginait qu’un génie si partagé pût faillir. Ce qui se produisit est dans toutes les bouches : le krach emporta tout. A l’aube des années cinquante, Wall Street n’avait repris que les deux tiers du terrain abandonné. Enfin, le 24 novembre 1954, soit vingt-cinq ans après le choc, Wall Street retrouvait le niveau qu’on a dit (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 31/03/2007 -

que le 24 novembre 1954, vingt-cinq années plus tard ! Beaucoup, qui eurent de la patience, n'eurent hélas pas la vitalité qui convenait à ce challenge de longue haleine. Les investisseurs de notre temps ont donc un avantage incomparable sur leurs devanciers : leur espérance de vie a augmenté.

Qu'importe le siècle, l'avenir des entreprises et des nations demeure celé ; les faiseurs d’argent continuent d'opiner à l’indicatif, ignorant la grammaire du subjonctif, celle du doute ; et le refrain du placement boursier dominateur continue de plaire, quoique continûment retoqué. L'Histoire balbutie        - Les dieux d’Epicure -
──────────────────────────
(…) L’époque moderne décline une noire fascination pour le carnage financier : et cette constance est admirable ! Qu’on en juge à l'aune des vingt dernières années : 1987, krach des marchés d’actions ; 1990, krach des junk bonds, crise des caisses d’épargne américaines et chute du Nikkei ; 1994, krach obligataire aux Etats-Unis ; 1995, banqueroute de la Barings ; 1997, premier volet de la crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième volet (Russie, Brésil) et faillite du hedge fund LTCM ; 2001-2003, apoplexie de la Nouvelle Economie ; 2007-2008, asphyxie du crédit ! Pauvre Epicure, nos Marchés ne sont pas à l’effigie de vos dieux apaisés (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 27/12/2008 -

. Voyez ce détenteur de titres Ericsson, une société bien en cour, qui les vit sombrer de 25% le 16 octobre dernier. Les conserva-t-il, les mains tremblantes ? Le 20 novembre, le titre rechutait de 11% ! L'échec forge l'expérience : les actionnaires individuels comptent désormais plus court. En France, ils ont divisé par deux leur durée moyenne de détention d’actions entre 2003 et 2006, la ramenant à quatre années 8. Aux Etats-Unis, plus généralement, les titres qui restaient détenus sept ans en moyenne en 1960 ne demeurent plus dans les portefeuilles que sept mois et demi 9. L’art nouveau est aux esthètes de la finance, ces nouveaux prodiges de la science du risque et de l’arbitrage qui sculptent et resculptent indéfiniment leurs positions et celles de leurs clients sur les marchés optionnels de la couverture. L’horizon temporel est un optimum de second rang, la matière première, c’est-à-dire les titres, une réalité désincarnée, mieux, une abstraction : 80% des fonds placés dans le monde restent en moyenne une semaine sur un placement 10. L'allocation optimale du capital, haletante, est à l'oeuvre.
 
« Rien ne s’arrange comme l’on veut ; et on passe sa vie à la remettre ; tout est pour demain » (Talleyrand). Les épées de la finance ne décident plus, pragmatiques, qui logent l’imprévu dans la technique et disséminent le risque sur la multitude      - La fièvre emprunteuse -
──────────────────────────
(…) Le marché du LBO se nourrit d’endettement pour deux dollars sur trois, laquelle dette est ensuite syndiquée c’est-à-dire découpée en tranches, en rondelles, auprès de tiers qui assumeront le risque. Il en va aussi pour les prêts immobiliers, y compris les moins assurés d'entre eux, les subprimes, que l’industrie financière titrise à outrance (ABS, CDO, etc.). Les thuriféraires des Marchés efficients, autorégulateurs et sans âme, nous affirment que la dissémination des risques protège la planète d’une crise systémique. Tant mieux, mais c’est à voir ! Car ces liquidités, venues du levier, se coalisent dans des bulles : la fièvre acheteuse s’autocatalyse, le danger rôde, et bientôt la damnation (…)
──────────────────────────
     - Boursonomics 29/07/2007 -

. Le long terme est une mer sans fond, une nuit sans lune ... Oceano nox !
 
    

   

(1) Plus haut à 4404,94 points en Juillet 1998 - Plus bas à 2881,21 en Octobre 1998

(2) L’Expansion, le 14/09/2000 - « Petit guide de rentrée pour actionnaire désorienté »

 

La prédiction est de Yannick Tatibouët, responsable à l’époque de la gestion des actions à la CPR. Le CAC 40 n’a à ce jour jamais encore franchi les 7.000 points. Il a touché son plus haut historique à 6.922,33 points en clôture le 09/09/2000. Il terminera l’année 2000 à 5.926,42 points.

 

(3) The Wall Street Journal, le 03/12/1999 - « The Bubble Won't Burst »

(4) Libération, le 06/03/2002

 

« Alors que Vivendi Universal annonce la plus grosse perte jamais réalisée par une entreprise française (près de 14 milliards d’euros en 2001), J2M prend tout le monde à revers avec cette annonce. Mais la magie des formules "choc" ne fonctionne plus, et Jean-Marie Messier quittera Vivendi Universal trois mois plus tard. »

 

(5) Le Nouvel Economiste, Décembre 2000

(6) Lars Tvede (2001) - « La Psychologie des Marchés Financiers »

 

Page 7 - « Dans The Money Game en 1967, Adam Smith (pseudonyme de George Goodman) décrit comment Timothy Bancroft, un spéculateur américain, gagna une fortune en Bourse au milieu d’un 19eme siècle. La philosophie de Bancroft était la suivante : ‘Achetez de bons titres, mettez-les en portefeuille et oubliez-les ‘. Par de ‘bons titres’, il entendait des titres représentant ‘le négoce de marchandises essentielles dont l’Union et le reste du monde auront toujours besoin en grande quantité’. Ainsi, Bancroft était-il un fondamentaliste. Il laissa une fortune de 1.355.250 dollars sur le papier, une somme colossale pour l’époque. Mais lorsque son actif fut réalisé, ses titres Gold Belt Mining, Carell Company of New Hampshire et American Alarm Clock ne valaient plus rien. Tout son patrimoine n’avait plus aucune valeur. Les temps changent et ce qui peut sembler sain et prometteur aujourd’hui peut perdre toute sa valeur alors même que l’investisseur fondamentaliste attend avec patience. »

 

(7) Charles Kindleberger (1978) - « Histoire mondiale de la spéculation financière »

 

Crises financières entre 1860 et 1929 – 1864 (France), 1866 (Angleterre/Italie), 1876 (Allemagne/Autriche, Etats-Unis), 1882 (France), 1890 (Angleterre, Etats-Unis), 1893 (Etats-Unis, Australie), 1907 (Etats-Unis, France/Italie), 1920-21 (Grande-Bretagne/Etats-Unis)

 

 (8) http://www.senat.fr/rap/r07-060-2/r07-060-221.html

 

Durée de détention apparente des actions françaises par les ménages (Source Sénat français)

 

2003 (T1) 7 années 8 mois (T2) 5 années 4 mois (T3) 4 années 6 mois (T4) 4 années 9 mois

2004 (T1) 4 années 2 mois (T2) 4 années 9 mois (T3) 5 années 2 mois (T4) 5 années 9 mois

2005 – (T1) 6 années 3 mois (T2) 6 années 3 mois (T3) 5 années 6 mois (T4) 5 années 1 mois

2006 – (T1) 4 années 7 mois (T2) 3 années 11 mois) (T3) 4 années 3 mois) (T4) 4 années

 

(9) http://igopp.org/fr/News/13_Allaire-Politique.pdf

(10) Jean De Kervasdoué (2007) - « Les Prêcheurs de l'Apocalypse »

    

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article