Marche aléatoire autour des Marchés financiers et de la sphère économique. Peinture décalée d'un monde empli de certitudes qui oublie trop souvent ses leçons d'Histoire
Comme toujours, on ne vit rien venir. La veille encore, chacun vaquait à ses affaires, et les places financières soufflaient un peu depuis le début de l’automne. En ce jeudi 5 décembre 1996, les bourses du Vieux continent conclurent une séance ordinaire. Tout juste nota-t-on que la Bundesbank avait refusé de baisser ses taux d’intérêt directeurs, sans alarmer personne. Le lendemain, tous les marchés plongeaient : à Francfort, le DAX se replia de 4,05%, et un vent de panique gagna la planète entière. Partout on recula : Paris reflua de 2,26%, Londres abandonna 4%, Tokyo lâcha 3,2%, Hong-Kong 2,9% … jusqu’à Wall Street où le Dow Jones fléchit de 2,3% peu après l’ouverture. On n’eut pas à chercher longtemps l’origine de la crise : elle ne se trouvait nullement à Berlin, mais à Washington, précisément dans les locaux de l'American Enterprise Institute où Alan Greenspan, patron de la Réserve fédérale américaine, fit un discours mémorable 1. L'homme le plus puissant du monde financier y employait pour la première fois l’expression choc « exubérance irrationnelle ». L’effet fut immédiat : les marchés chutèrent. La Bundesbank n’y était pour rien. (1) Discours d'Alan Greenspan - « The Challenge of Central Banking in a Democratic Society »
(2) Titre éponyme de l'ouvrage best-seller de Robert Shiller
(3) Le DJIA clôtura à 3674,63 points le 23/11/1994 - Il pointait à 6528,41 points le 26/11/1996
(4) L'Humanité, le 07/12/1996
(5) Le DJIA clôtura à 11750,28 points le 14/01/2000, au plus haut avant l'éclatement de la bulle
(6) Federal Reserve Bank of New York – Historical changes of the Target Federal Funds …
(7) Le 05/01/2007 - US Treasuries à 10 ans 4,6822% - US Treasuries à 2 ans 4,7954%
(8) Catherine Lubochinsky (1987) - « Les taux d’intérêt »
Page 36 - « A partir de la notion de préférence pour la liquidité, John Hicks introduit la nécessité d’une prime de liquidité. S’engageant à prêter à long terme, l’individu court un risque d’illiquidité. Or, les entreprises, caractérisées par leur besoin de financement permanent pour réaliser leurs investissements, demandent des prêts à long terme. Les taux à long terme doivent donc être plus élevés que ceux à court terme quelles que soient les prévisions de taux. Ceci implique qu’un taux terme à terme est supérieur à un taux court anticipé par le montant d’une prime de risque. Cette prime compense également le risque de moins value engendré par une hausse potentielle des taux »
(9) L'Expansion, le 20/06/2005
(10) Pierre Balley (1987) - « Mythes et réalités »
« Peu importe la qualité du raisonnement s’il doit être démenti par la Bourse, c’est-à-dire par l’opinion qui y prédomine Pas plus qu’un homme politique, le gestionnaire ou l’analyste ne peut avoir raison contre l’opinion majoritaire de ses électeurs : c’est la Marché qui vote. C’est pourquoi il importe, au-delà de l’étude des entreprises, de prendre conscience des courants d’opinion qui peuvent agiter la Bourse »
Illustration : Alan Greenspan, président de la Réserve Fédérale américaine du 11/08/1987 au 31/01/2006